L'intégration de réplicateurs moléculaires compétitifs se heurte à une contrainte fondamentale : le seuil d'erreur. Une unité réplicative longue unique — obtenue par exemple en liguant plusieurs gènes en un seul génome — accumule trop de mutations par cycle de réplication. Dès que le taux de mutation dépasse le seuil, la séquence maîtresse est perdue et l'information spécifique encodée dans cette unité se dégrade. L'intégration ne peut donc pas être réalisée simplement en fabriquant une molécule plus longue ; l'unité intégrée doit rester sélectionnable face à sa propre distribution de mutants.
Trois voies alternatives ont été proposées pour intégrer des molécules compétitives sans violer la relation de seuil pour
- Couplage hypercyclique : les gènes sont liés par un cycle catalytique fermé, de sorte que la réplication de chaque gène dépend des produits des autres. Cela crée une unité de sélection au niveau de l'hypercycle, mais elle reste vulnérable aux mutants parasites et exige une fermeture catalytique.
- Couplage médié par la traduction : les gènes codent des protéines fonctionnellement actives (par exemple, des réplicases ou des synthétases) qui catalysent la réplication ou la traduction. Cela permet une division du travail et peut intégrer plus d'informations qu'un seul génome d'ARN, mais nécessite un appareil de codage et se heurte à des contraintes de fidélité.
- Compartimentation : les gènes coopératifs sont enfermés dans un compartiment commun (une protocellule), de sorte que la sélection agit sur le compartiment dans son ensemble. Cela peut stabiliser l'intégration et limiter l'exploitation par les parasites, mais introduit une maintenance de la frontière, des effets stochastiques et des contraintes de réplication coordonnée.
Ces voies ne sont pas mutuellement exclusives. L'évolution précoce a peut-être combiné l'organisation hypercyclique, la traduction et la compartimentation pour parvenir à des génomes intégrés. La contrainte commune est que chaque voie doit rester sous le seuil d'erreur et gérer la charge de mutants : l'intégration est un problème de sélection, et non une simple association physique.
